JE EST UN NOUS Enquête philosophique sur nos interdépendances avec le vivant

Alessandra Buronzo

Jean-Philippe Pierron
Actes Sud

Nancy Huston l’a formidablement
démontré : les humains sont une
espèce fabulatrice, et vivent de et
par les histoires qu’ils se racontent. Or, parmi
ces innombrables récits qui nous constituent
intimement, il y a tous nos liens à la nature, à
nos milieux de vie, à des animaux, des arbres,
une rivière ou une montagne. Ces relations,
notre culture occidentale moderne s’est évertuée à les effacer. Nous en avons dénié l’importance, mais elles resurgissent à la moindre
occasion sans même que nous nous en rendions compte. “Quel temps fait-il ?” devient
ainsi la question fondamentale qui prouve
notre attachement inconscient au monde et
l’importance qu’a le ciel sur nos climats intérieurs. Jean-Philippe Pierron nous emmène
sur la piste philosophique de quelques personnages historiques et grands penseurs
afin de comprendre comment ils ont pu,
eux, prendre conscience de l’importance de
ces liens et les intégrer dans leurs systèmes
philosophiques.
C’est ainsi qu’avec Ulysse, nous descendons
au verger de son père, que nous rejoignons
Job qui se lamente sur son tas de ruines, que
nous grimpons les sommets norvégiens avec
Arne Naess, que nous croisons des hippopotames au cœur de la jungle africaine avec le
célèbre docteur Schweitzer. Il y a aussi Val
Plumwood qui manque de mourir entre les
crocs d’un crocodile et Aldo Leopold converti
à l’écologie par une louve mourante…
Dire “je”, c’est exprimer combien nous
sommes reliés à la nature dans une multitude de capillarités secrètes. Dire “je”, c’est
en réalité dire “nous” sans le savoir. L’essai de
Jean-Philippe Pierron est une tentative pour
que nous prenions conscience de la multitude d’êtres qui nous constitue pour qu’enfin
nous sachions que “je est des autres”. C’est
le principe de l’“écobiographie”. Il invite
chacun des lecteurs à faire retour poétiquement sur sa propre expérience, mettant au
jour la dimension écobiographique de sa
vie. Ce faisant, il interroge les conditions
sociales et culturelles qui empêchent d’ordinaire de les évoquer, y trouvant une des
raisons de la crise de nos liens avec la nature.
Cet ouvrage travaille à l’expression des prémices d’une transformation radicale, en vue
de relations plus équilibrées et vivantes avec
la nature. Une compréhension renouvelée de
soi, conscient de ses responsabilités, commence d’abord par la conscience prise de
ses appartenances. Changer nos manières
d’être avec la nature suppose d’apprendre à
les faire chanter.

Jean-Philippe Pierron est
philosophe. Il enseigne à
l’université de Bourgogne.
Il a passé son enfance dans
les Vosges et s’en souvient. Il
travaille à la dimension poétique
de l’action humaine, dont
l’écologie. Il cherche à valoriser
la portée éthique et politique
des expériences de nature en
première personne.

nous grimpons les sommets norvégiens avec
Arne Naess, que nous croisons des hippopotames au cœur de la jungle africaine avec le
célèbre docteur Schweitzer. Il y a aussi Val
Plumwood qui manque de mourir entre les
crocs d’un crocodile et Aldo Leopold converti